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Elanco & Proplan

3 avril 2025

Changement de paradigme : suspecter l'influenza aviaire à virus H5 chez les chats n'est plus une idée à écarter

par Vincent Dedet

Temps de lecture  4 min

Répartition géographique des chats testés pour leur exposition (présence d'anticorps) aux virus H5Nx de l'influenza aviaire, en France, entre décembre 2023 et janvier 2025 ; les départements classés comme à risque d'influenza aviaire ont un contour rouge. Bessière et coll., 2025.
Répartition géographique des chats testés pour leur exposition (présence d'anticorps) aux virus H5Nx de l'influenza aviaire, en France, entre décembre 2023 et janvier 2025 ; les départements classés comme à risque d'influenza aviaire ont un contour rouge. Bessière et coll., 2025.
 

Les résultats d'une enquête sérologique auprès de chats de compagnie réalisée par les virologistes de l'ENV de Toulouse et publiés fin mars confirment que cette espèce a été nettement plus exposée aux virus de l'influenza aviaire H5Nx que ce qui était estimé jusque-là.

700+ chats de départements « à risque »

Les auteurs ont recueilli des sérums de chats domestiques auprès de 44 clientèles vétérinaires réparties sur la métropole, entre décembre 2023 et janvier 2025. Pour chaque sérum, les commémoratifs comportaient – entre autres – le mode de vie du chat : errant ou de compagnie, chasseur ou non. Parmi les critères d'inclusion figuraient le fait d'avoir accès à l'extérieur et que le lieu de résidence soit en dehors d'un centre urbain. L'objectif était de disposer de sérums « des seuls animaux ayant une exposition à l'avifaune domestique ». Ils ont obtenu 728 sérums provenant de 30 départements, dont 86 de chats errants (les autres avaient des maîtres). Les deux tiers de ces chats (488/728) « habitent dans des départements classés à risque [d'influenza aviaire] par le ministère français de l'Agriculture en raison de la présence de couloirs migratoires d'oiseaux sauvages, de zones humides où les oiseaux aiment se reposer et/ou d'une très forte densité d'élevages de volailles ».

Environ 2 % de chats séropositifs

Les sérums ont été analysés en Elisa compétition (détection d'anticorps anti-H5), et les résultats positifs et douteux ont ensuite été testés par un test de référence (séroneutralisation avec deux virus de l'influenza aviaire : un H5N1 du clade 2.3.4.4b de 2021 et un H5N3 faiblement pathogène). Tous les positifs en Elisa ont été confirmés comme tels : il y a 19 chats positifs (2,6 %) dont deux avec un titre supérieur au regard du H5N3 que du H5N1. Dans les départements à risque d'influenza aviaire, le taux de positivité était légèrement supérieur, à 3,3 %. Il n'y a pas eu de résultat positif pour 15 des 23 départements à risque, ni pour 5 des 7 autres départements. Lorsqu'ils calculent la séroprévalence (elle est de 1,8 % avec un intervalle de confiance à 95 % de 0,66 à 3,4 %), les auteurs ne trouvent pas de différence significative dans les départements classés comme à risque par rapport aux autres (p = 0,14) ni pour le lien entre type de département et risque de séropositivité (p=0,09).

Surtout les chats errants

Ainsi, une valeur d'environ 2 % de séropositivité « indique qu'une proportion substantielle des chats en France a été exposée à des virus influenza de sous-type H5, ce qui suggère que la circulation virale dans l'avifaune commensale péridomestique pourrait avoir été sous-estimée dans des études antérieures ». Toutefois, le fait d'avoir été renseigné comme chassant n'est pas significativement associé au risque d'être séropositif, pour les chats de compagnie. Comme le fait d'être un chat errant est indissociable du statut de chasseur, les auteurs ont comparé ces catégories : « les chats domestiques non chasseurs avaient 94 % de risques en moins d'être séropositifs pour H5 par rapport aux chats errants (odds ratio = 0,06 ; intervalle de confiance à 95 % : 0 - 0,53 ; p = 0,01) ». Le fait d'avoir une basse-cour à proximité n'a pas été évalué.

Besoin de surveillance

Ces résultats suggèrent que « les comportements individuels, en particulier la chasse, peuvent déterminer l'exposition au H5, plus que la seule classification géographique du risque ». Mais les auteurs rappellent aussi que les chats sont réceptifs aux virus de la grippe saisonnière humaine. Du fait du niveau d'exposition relativement élevé aux virus H5 détecté ici, les chats « pourraient servir de compartiment de réassortiment entre des virus aviaires et humains », et favoriser l'émergence de souches adaptées à l'Homme – même si aucune transmission entre chats de virus H5 n'a été décrite, relativisent les auteurs. Pour eux, cela justifie « la nécessité d'une surveillance ciblée chez les chats ».

Sensibiliser les vétérinaires

Leur questionnaire comprenait une partie sur d'éventuels signes cliniques des chats, mais aucune réponse (trop imprécises) n'a pu être exploitée dans ce travail. Aussi les auteurs estiment-ils nécessaire « de sensibiliser les vétérinaires au risque d'infection par un virus H5Nx chez les chats car ces infections pourraient être plus fréquentes qu'on ne le pensait jusqu'à présent. En cas de suspicion clinique, notamment lorsqu'un chat présente des signes compatibles avec la grippe et que le contexte épidémiologique suggère une exposition possible, des mesures préventives appropriées doivent être mises en œuvre ».