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Elanco & Proplan

1er avril 2025

Des lignes directrices pour le triage des ruminants domestiques brûlés lors d'incendies (de forêt)

par Vincent Dedet

Temps de lecture  4 min

Lignes directrices pratiques pour le triage des ruminants domestiques brûlés lors d'incendies de forêt (Cardoso et coll., 2025).
Lignes directrices pratiques pour le triage des ruminants domestiques brûlés lors d'incendies de forêt (Cardoso et coll., 2025).
 

« Dans le chaos qui suit un incendie, avec des ressources limitées, un pronostic précis des brûlures [des animaux encore vivants] est crucial pour une allocation efficace des ressources. Le triage vétérinaire permet de donner la priorité à ceux qui ont le plus de chances de survivre, et de s'assurer que les soins critiques leur parviennent ». Des enseignants et cliniciens de la faculté vétérinaire de Prétoria (Afrique du sud) se sont penchés sur la littérature pour tenter des dégager des lignes directrices reposant sur la science pour aider à la décision dans un tel contexte. Ils estiment ce travail d'autant plus nécessaire que « les risques d'incendies de forêt devraient augmenter au cours des trente prochaines années, exposant alors les animaux et les éleveurs au risque d'incendie pendant plus de la moitié de l'année »

Revue de la bibliographie

Leur étude visait à « identifier les facteurs clé à prendre en compte lors de l'évaluation et de la priorisation des ruminants domestiques brûlés ». Si elle a été axée sur les circonstances de crise des feux de forêt (où les vétérinaires font partie de l'équipe multidisciplinaire confrontée à cette crise), elle peut aussi s'appliquer aux incendies en élevage. Elle se fonde sur 38 articles de la littérature en anglais et en espagnol. Ce corpus se répartit en grandes thématiques : bien-être animal (4 références) ; évaluation de la sévérité des brûlures (6 références) ; évaluation des brûlures chez le bétail (21 références) et gestion des catastrophes/triage (7 références). Ces évaluations se font par estimation :

  • de l'état de l'animal (mourant, non-ambulatoire, aveugle, en détresse respiratoire aiguë, avec des œdèmes des membres — surtout chez les ovins)… qui orientent plutôt vers une euthanasie,
  • de la proportion de la surface totale de l'animal qui est brûlée (il existe un schéma permettant de le faire chez les bovins, et les auteurs en proposent un chez les ovins),
  • de la profondeur des brûlures (quand toute l'épaisseur de la peau est brûlée ou que la brûlure est profonde même si toute l'épaisseur n'est pas concernée, la douleur est moindre car les terminaisons nerveuses ont été détruites),
  • de l'inclusion de localisations critiques (pattes, pieds, mamelle, yeux, zones génitales) des lésions,
  • et du degré d'exposition aux fumées (toxiques) inhalées…

Un tri « de première ligne »

Leur approche a été de produire un document visuel (voir l'illustration principale) destiné aux équipes d'intervention pour ce triage. Il devrait « permettre d'évaluer les besoins et de les mettre en rapport avec les ressources » médicales, de personnel, mais aussi d'espace et d'eau/aliment, disponibles pendant la crise. Cela comprend la faible tolérance des animaux pour des soins prolongés et pour le transport. Lorsqu'ils arrivent sur le site du sinistre, les intervenants doivent donc faire un premier tri (dit « de première ligne »), déterminant les animaux qui vont être évacués rapidement et ceux devant être euthanasiés. Cette « évaluation doit se concentrer sur l'état neurologique (comateux ou vigile) et la mobilité (peut marcher ou ne peut pas se lever, ne peut pas marcher). Les ovins comateux, en particulier ceux qui présentent de graves brûlures sur le bas des pattes/les onglons, un gonflement et une peau sèche, ont souvent un pronostic désespéré ».

Ensuite l'examen physique

Vient ensuite « l'examen physique » du « tri de seconde ligne ». C'est lui qui évalue la proportion de la surface corporelle affectée, mais aussi la profondeur des brûlures et leur localisation particulière. Cette seconde évaluation va prioriser les animaux qui pourront être traités, en fonction des ressources disponibles. Plusieurs références recommandent l'euthanasie quand cette proportion dépasse 30 % Toutefois, au vu de l'ensemble des données, les auteurs proposent de « réduire ce seuil pour les bovins et les ovins à 20 % de la surface corporelle pour les brûlures partielles profondes, et à < 5 % de la surface corporelle pour les brûlures de pleine épaisseur ». Ils justifient ce choix par « les ressources limitées pour traiter de telles lésions sur le terrain ». Ils préviennent aussi que chez les ovins, l'atteinte des pattes est cruciale et de mauvais pronostic. Chez les bovins, les brûlures avec détachement des onglons sont douloureuses, elles s'infectent facilement et sont sujettes à myiases ; l'euthanasie est recommandée. Les vaches avec des brûlures de trayons ont un meilleur pronostic de guérison que les génisses. Mais les brûlures de la mamelle peuvent mettre plusieurs mois à guérir, ce qui impose d'évaluer le pronostic en fonction des choix éclairés de l'éleveur. Dans tous les cas, une prise en charge de la douleur est obligatoire et « les sujets doivent faire l'objet d'actualisation régulière de leur évaluation ». Ainsi, pour ces auteurs, les brûlures « sévères et majeures » (en noir et en rouge dans l'illustration principale) devraient être euthanasiés au terme de cette second évaluation. Car en outre, plus l'étendue de brûlures est importante et plus le risque d'exposition aux fumées toxiques l'est aussi. Pour les atteintes légères (en orange), le tri vers un traitement dépendra des ressources disponibles.

Ainsi, « la compréhension des trajectoires de rétablissement permet une distribution efficace des fournitures, du personnel et des abris. Le pronostic guide les décisions éthiques, en distribuant équitablement les ressources en fonction des besoins des animaux ayant les meilleures chances de guérison. Cependant, les environnements de catastrophe sont imprévisibles, ce qui limite la précision des pronostics », préviennent les auteurs. Ils soulignent tout de même que dans la grille décisionnelle pratique qu'ils proposent, ils ont « donné la priorité au bien-être et à l'efficacité coût/bénéfice ».