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Elanco & Proplan

27 mars 2026

La dyskinésie paroxystique féline touche d'autres races que le sphynx

par Agnès Faessel

Temps de lecture  4 min

Parmi ces 25 cas de dyskinésie paroxystique féline, 3 chats seulement sont des sphynx, et 10 des pure race (cliché Pixabay).
Parmi ces 25 cas de dyskinésie paroxystique féline, 3 chats seulement sont des sphynx, et 10 des pure race (cliché Pixabay).
 

La dyskinésie paroxystique désigne la survenue soudaine d'épisodes de dyskinésie, c'est-à-dire des mouvements involontaires, pouvant conduire à des postures anormales, sans perte de conscience. Leur durée est variable (de quelques secondes à quelques heures). Cette maladie, bien connue chez le chien, était décrite chez le chat dans la race sphynx. Mais une étude rétrospective de 25 cas montre que diverses races peuvent être atteintes.

Plusieurs formes cliniques

La maladie est classée comme kinésinégique lorsque les épisodes surviennent après certains mouvements, non-kinésigénique s'ils s'observent au repos, et d'effort s'ils sont associés à une fatigue. La dyskinésie paroxystique est généralement de cause indéterminée (idiopathique) ; elle est possiblement héréditaire. Un lien avec l'hypersensibilité au gluten est suspecté chez le chien.

Chez le sphynx, la maladie correspond à une dyskinésie paroxystique kinésinégique, idiopathique. Un cas probable a toutefois été récemment décrit chez un domestic shorthair, et quelques cas ont été rapportés comme associés à l'hyperthyroïdie… Ces observations ont donc motivé la réalisation d'une étude plus large dans l'espèce féline, dont les résultats sont publiés en libre accès dans le JSAP.

Des vidéos à l'appui

Cette étude, rétrospective, a impliqué 4 centres de référés européens (Royaume-Uni et Espagne). Sur un peu plus de 5 ans (janvier 2020-mars 2025), 25 cas compatibles avec une dyskinésie paroxystique féline ont été recensés.

Le dossier médical du chat devait être complet, incluant notamment un examen neurologique (réalisé par un spécialiste). Et, surtout, des séquences vidéo devaient être disponibles. Car l'un des objectifs de l'étude était de décrire précisément les signes cliniques associés à la maladie.

7 races représentées

Parmi les 25 chats inclus, « seuls » 3 sphynx figurent. Les autres races représentées sont le domestic shorthair (11 cas), le domestic longhair (4 cas), le bengal (3 cas), le ragdoll (2 cas), le cornish rex et le nebelung (1 cas chacun). Une minorité (10/25) sont donc de race pure.

Il s'agissait de 14 mâles et 11 femelles, stérilisés pour les trois-quarts.

Ces chats étaient de divers âges (1 à 14 ans), mais avaient 3,5 ans en médiane, ce qui confirme une manifestation relativement précoce, comme ce qui était décrit chez le sphynx.

Épisodes de fréquence variable

Les crises paroxystiques constituaient systématiquement le motif de consultation. Elles avaient commencé peu auparavant (45 jours au maximum, 21 jours en médiane). Diarrhée et vomissements étaient aussi rapportés dans 2 cas ; des signes digestifs sont souvent associés chez le chien.

Dans 11 cas, la fréquence des épisodes allait croissante. Chez 6 autres, ils étaient groupés en série, espacées de longues périodes sans récidive. Chez les 7 derniers, les épisodes étaient sporadiques. La fréquence de ces épisodes est donc très variable, de plusieurs par jour à quelques-uns par an.

La durée est variable également : 5 à 30 minutes par épisode.

Dans quelques cas, un potentiel déclencheur a été identifié (par le propriétaire) : anxiété (5 cas), excitation (1 cas), changement d'alimentation (1 cas). Mais un lien avec un mouvement (forme kinésigénique) n'a pas été observé ici.

Différences cliniques par rapport au chien

La maladie se manifeste par une posture anormale : debout chez 14 chats et rampante chez les 11 autres.

Les signes présentés étaient variés, avec par ordre de fréquence décroissante : contraction involontaire des membres (dystonie, dans tous les cas), mouvements lents (bradykinésie, chez 11 chats), démarche anormale (croisement involontaire des membres thoraciques mimant une ataxie proprioceptive, dans 11 cas), dos rond (cyphose, 10 cas), dystonie de la queue (flexion ou extension, 10 cas), dystonie cervicale (9 cas), avec tremblement dystonique de la tête (3 cas), chutes (7 cas), mouvements de pétrissage des doigts (5 cas), mydriase (4 cas), balancement du tronc (4 cas), balancement de la tête (3 cas), léchage des lèvres (3 cas).

Par comparaison au chien, plusieurs manifestations cliniques apparaissent ainsi spécifiques au chat, particulièrement le déplacement rampant, le croisement des membres antérieurs, le pétrissage et la dystonie de la queue, mais aussi la bradykinésie, déjà considérée comme caractéristique de la maladie chez le sphynx. Inversement, un tremblement dystonique de la tête est plus fréquent chez les chiens atteints.

Aucun signe neurovégétatif tel qu'une hypersalivation, des mictions ou des défécations n'a été rapporté. Et tous les chats étaient conscients pendant les épisodes. Leur comportement était aussi complètement normal entre deux crises. Leur examen neurologique n'a révélé aucune anomalie, à l'exception d'un cas d'ataxie proprioceptive des membres pelviens et paraparésie ambulatoire, avec maintien des réactions posturales et des réflexes spinaux.

Lorsque la thyroxine a été dosée (13 cas), elle était normale. Aucun cas d'hyperthyroïdie n'a donc été détecté chez ces chats.

Un lien avec l'hypersensibilité au gluten ?

Un traitement a été tenté chez 11 chats, notamment par des anticonvulsivants ou une alimentation sans gluten (dans 6 cas). Chez ces derniers, 4 ont réagi positivement, avec une réduction des épisodes. Comme dans l'espèce canine, un lien avec l'hypersensibilité au gluten serait donc possible.

Un effet du lévétiracétam est également rapporté dans les 2 cas concernés, avec une rémission ou une diminution des épisodes durant le suivi (7 et 12 mois). Aucun effet du phénobarbital ni de la gabapentine n'a en revanche été observé. L'acétazolamide, potentiellement efficace chez le sphynx, n'a pas été tenté ici.

Exception faite des 4 cas répondant au changement d'alimentation (sans gluten), ces cas de dyskinésie paroxystique sont considérés comme idiopathiques.