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Proplan

7 avril 2026

Prurit allergique des chiens : étude d'efficacité des huiles essentielles

par Agnès Faessel

Temps de lecture  4 min

D'après Prescott et al., Aust. Vet. J., 2025.
D'après Prescott et al., Aust. Vet. J., 2025.
 

La dermatite atopique canine, et plus généralement les dermatites allergiques, représentent un domaine de recherches particulièrement actif. La récente commercialisation de nouveaux médicaments pour soulager le prurit associé en est l'illustration.

Dans un autre registre thérapeutique, des scientifiques australiens publient en libre accès les résultats de leurs recherches sur un antiprurigineux à base d'huiles essentielles.

Traitement alternatif de 14 jours

Leur étude s'inscrit dans le contexte de maladies chroniques dont le traitement au long cours est parfois associé à des effets indésirables et des phases de récidive clinique. Elle répond aussi à une demande de thérapies alternatives, à l'exemple de la phytothérapie ou l'aromathérapie, de la part de certains propriétaires et soignants.

Les chiens inclus, adultes et non gestants ou allaitants, étaient atteints d'atopie ou de dermatite allergique (intolérance alimentaire notamment). Les cas de pyodermites ou de prurit d'origine parasitaire avaient été exclus ; tous les chiens ont reçu au préalable un traitement antiparasitaire.

Les traitements précédents ont été stoppés avant le début de l'étude, depuis une semaine au moins pour les topiques et médicaments à relative courte durée d'action (AINS, antihistaminiques par exemple) et 4 semaines au moins pour ceux à plus longue durée d'action (corticoïdes, immunomodulateurs…).

Les 41 chiens recrutés (de divers âges, sexes, poids, races et types de pelage) ont ensuite été répartis en 2 groupes :

  • traités avec la crème composée d'huiles essentielles (complexe de 13 composés), d'herbes (calendula, bergamote), d'oxyde de zinc et d'acide salicylique (n=18) ;
  • ou avec une crème émolliente en placébo (groupe témoin, n=23).

Le topique était appliqué quotidiennement sur les zones lésées, pendant 14 jours (même en cas de rémission des signes).

Réduction significative du prurit

Le score de prurit a été évalué quotidiennement par les propriétaires, à l'aide d'une échelle visuelle analogue (PVAS), entre 0 (absence de prurit) et 10 (prurit maximal). En dessous de 2, le niveau de prurit est considéré comme normal.

Les résultats montrent une réduction des scores moyens entre J1 et J14 dans les deux groupes, passés de 5,66 à 2,78 (-2,88) dans le groupe traité, et de 5,44 à 4,31 (-1,13) dans le groupe témoin (voir figure en illustration principale). La différence est significative entre les groupes (réduction 1,75 fois supérieure à J14) ; elle le devient et le reste à partir de J9.

Dans le groupe traité, tous les chiens ont montré une amélioration ; le traitement a été considéré comme efficace à 67 % (diminution du PVAS d'au moins 2 points). Un tiers des chiens (6/18) a même atteint la rémission clinique, contre 5 (21 %) chez les témoins.

La gravité des lésions cutanées était aussi évaluée, avant le début du traitement puis à la fin, à l'aide du score CADESI-4, qui va de 0-10 (normal) à 60-180 (sévère). Les scores sont ainsi passés de 19,33 à 8,78 en moyenne dans le groupe traité (différence significative). Dans le groupe témoin, ils ont évalué de 11,22 à 9,91 en moyenne (différence non significative). En ne conservant que les cas dont le score était initialement anormal (>10), ce score a diminué chez tous les chiens traités contre 45 % de ceux du groupe témoin.

Le prurit étant une source importante de stress et de douleur, un questionnaire évaluant la qualité de vie du chien (sur une échelle de 0 pour la meilleure à 42 pour la plus altérée) a été complété par le propriétaire, au début puis à la fin de l'étude (lors des consultations à J1 puis J14). Initialement voisines dans les deux groupes (13,9 et 11 en moyenne, respectivement), les notes ont significativement diminué, davantage chez les chiens traités (atteignant 7,5 contre 8,5 chez les témoins).

Bonne tolérance par le chien

Un bilan sanguin a aussi été réalisé à J1 et J14, sans détecter d'anomalie importante. Les propriétaires n'ont pas rapporté non plus d'effet indésirable notable (1 cas de vomissements suite au léchage accidentel d'un excès de crème et 1 cas de diarrhée passagère). Les auteurs en concluent que le traitement est bien toléré.

Enfin, la facilité d'application et l'acceptation du traitement par le chien étaient également évaluées, avec de bons résultats, similaires dans les deux groupes.

Selon les auteurs, ces résultats montrent que le traitement testé a permis de réduire efficacement le prurit et la gravité des lésions dermatologiques chez ces chiens atteints de dermatite atopique ou allergique. Il serait alors utile en complément ou en alternative aux traitements de première intention, dans les cas réfractaires, lors de difficulté d'administration de médicaments oraux, ou pour des raisons de coût. Son efficacité au-delà de 2 semaines, potentiellement croissante, et son effet sur des lésions plus sévères resteraient toutefois à évaluer.