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29 mai 2026
Formation vétérinaire : l'Europe comme nouvelle voie d'accès pour les étudiants français


Alors que la profession vétérinaire française faisait face depuis plusieurs années à des tensions de recrutement, les parcours de formation ont évolué rapidement. L'augmentation progressive des capacités d'accueil des écoles nationales vétérinaires françaises (ENVF), la création d'une voie post-bac en six ans et l'ouverture récente d'une école vétérinaire privée ont profondément modifié le paysage de l'enseignement vétérinaire. Pourtant, un nombre croissant d'étudiants français choisit (ou se voit contraint) de partir se former à l'étranger. C'est ce phénomène qu'analyse la thèse d'exercice vétérinaire d'un jeune confrère, consacrée aux études vétérinaires à l'étranger en Europe. Reposant sur un questionnaire ayant recueilli 342 réponses d'étudiants français expatriés (auxquels le questionnaire était destiné) mais aussi de jeunes diplômés (7 % des répondants étaient en 6e année et 13 % diplômés), cette enquête dresse un panorama des motivations, des parcours et des perspectives de ces futurs vétérinaires, sans être parfaitement représentative.
Les chiffres récents témoignent d'une transformation majeure du recrutement vétérinaire français. En 2023, les Français diplômés à l'étranger représentaient 35,9 % des primo-inscrits au tableau de l'Ordre des vétérinaires, soit 419 diplômés. Depuis 2020, les diplômés étrangers représentent plus de la moitié des nouvelles inscriptions à l'Ordre (voir l'illustration principale). Longtemps, la Belgique a constitué la principale destination des étudiants français. Elle reste aujourd'hui un acteur majeur, avec entre 167 et 242 diplômés rejoignant chaque année l'Ordre français, sur la dernière décennie. Mais elle n'est plus seule. L'Espagne et la Roumanie figurent désormais également parmi les principales voies d'accès à la profession pour les étudiants français. En 2025, l'Espagne était le premier pourvoyeur étranger de primo-inscrits selon l'Observatoire démographique de l'Ordre vétérinaire, devançant la Belgique et la Roumanie, qui partagent la 2e place.
La thèse s'intéresse à de nombreux pays européens accueillant des étudiants vétérinaires français : Allemagne, Belgique, Bulgarie, Chypre, Croatie, Espagne, Estonie, Hongrie, Irlande, Italie, Lituanie, Pologne, Portugal, Roumanie, Royaume-Uni, Slovaquie ou encore la République tchèque. Pour chacun de ces pays, la thèse précise le cursus (durée, accréditation ou non) ainsi que les critères d'admission, les particularités éventuelles et les frais de scolarité. Elle précise aussi la langue de l'enseignement, le nombre de français par promotion, le ressenti sur la qualité de l'enseignement et la réputation (perçue) en France de l'établissement.
La raison principale de l'expatriation évoquée par les répondants reste l'échec aux concours français ou l'anticipation d'un tel échec dans les filières d'accès aux ENV (voir le graphique ci-dessous). Un peu moins du quart des étudiants interrogés sont partis directement après le baccalauréat sans avoir tenté auparavant des études supérieures en France. Beaucoup cherchent avant tout une voie plus accessible à la profession vétérinaire que celles disponibles ici. Les motivations secondaires reflètent une ouverture internationale : découverte d'un autre pays, apprentissage d'une nouvelle langue, intérêt pour un système pédagogique différent ou encore volonté d'échapper à un modèle français jugé particulièrement sélectif.
Raisons avancées expliquant le pourquoi des études à l'étranger. Merlet, 2026.

Intitulés de la raison (valeur associée à la barre bleue ; rouge ; jaune), de gauche à droite : j'ai toujours voulu faire mes études vétérinaires à l'étranger (37 ; 108 ; 197) ; je ne pensais pas réussir en France alors j'ai préféré partir sans passer le concours Français (115 ; 45 ; 182) ; j'ai passé un concours en France mais je ne l'ai pas réussi (177 ; 22 ; 143) ; cette voie me paraissait plus courte (39 ; 59 ; 244) ; j'ai fait d'autres études qui ne m'ouvraient pas de passerelle en France (29 ; 27 ; 286).
L'étude montre également une évolution importante des cursus européens : l'anglais devient progressivement la principale langue d'enseignement pour ces étudiants français. Parmi les répondants, 159 suivent principalement un cursus anglophone, devant les formations en français, puis dans la langue du pays d'accueil. De nombreuses universités proposent désormais des parcours hybrides, avec une ou plusieurs années en anglais ou en français avant une transition vers la langue nationale.
Le choix d'une université repose avant tout sur des considérations académiques et pratiques. Les modalités d'enseignement et les conditions d'admission apparaissent comme les deux critères les plus déterminants, selon la thèse. Le coût des études joue également un rôle central, tout comme les recommandations d'autres étudiants. À l'inverse, la proximité géographique ou la présence de proches sur place semblent avoir un poids plus limité. La réputation de l'établissement et son accréditation par l'Association européenne des établissements d'enseignement vétérinaire (AEEEV) constituent également des éléments importants dans le choix final – même si l'absence d'accréditation n'a pas de conséquence sur la validité du diplôme au sein de l'UE et n'empêche donc pas la pratique dans les pays de l'UE.
La thèse révèle également les écarts considérables de frais de scolarité en Europe. Certaines formations restent relativement accessibles financièrement, comme en Allemagne (800 €/an) ou en Belgique (835 €/an). À l'opposé, les coûts peuvent dépasser 20 000 € par an à Chypre voire 40 000 € au Royaume-Uni. La majorité des cursus se situe toutefois entre 9 000 et 12 000 € annuels. Cette réalité économique crée une autre forme de sélection. Si certaines écoles européennes sont parfois plus accessibles académiquement que les concours français, leur coût limite fortement les candidatures. Près de 45 % des étudiants interrogés ont eu recours à un emprunt bancaire pour financer leurs études. Plus de 55 % déclarent avoir travaillé en parallèle de leur cursus, un chiffre nettement supérieur à celui observé dans l'ensemble des études supérieures longues en France (20 %).
La question de la qualité des diplômes étrangers a longtemps été sensible dans la profession. Les résultats de l'enquête montrent une perception plutôt positive. La majorité des étudiants interrogés estime que leur formation bénéficie d'une bonne réputation en France : 95 % attribuent une note d'au moins 3/5 à la reconnaissance de leur cursus. Beaucoup rapportent également une bonne intégration lors des stages réalisés en France. Certains répondants évoquent néanmoins l'existence persistante de préjugés à l'égard des diplômés étrangers, même s'ils semblent diminuer progressivement.
La thèse souligne enfin un paradoxe démographique. La profession vétérinaire connaît actuellement une forte croissance du nombre d'inscriptions à l'Ordre : les primo-inscriptions annuelles sont passées de 736 en 2015 à 1 316 en 2024 (et 1 398 en 2025). En parallèle, les capacités françaises de formation continuent d'augmenter et pourraient atteindre 920 diplômés par an en 2030. En ajoutant les diplômés étrangers, le nombre total de nouveaux vétérinaires pourrait approcher 1 800 par an. Or, selon les projections évoquées dans la thèse, les besoins du marché français seraient compris entre 1 000 et 1 400 nouveaux vétérinaires par an. À terme, ce marché pourrait donc « devenir excédentaire de plusieurs centaines de diplômés », mettant définitivement un terme à la pénurie qui prévalait encore il y a peu.
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