26 juin 2026
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La question du montant des frais vétérinaires occupe aujourd'hui une place croissante dans le débat public européen. Au Royaume-Uni, l'Autorité de la concurrence (CMA) vient de rendre publiques ses recommandations sur le fonctionnement du secteur vétérinaire. En France, aux Pays-Bas ou encore en Suède, les pouvoirs publics s'interrogent également sur l'évolution des tarifs et sur l'impact de la concentration du marché. Dans ce contexte, l'Allemagne constitue un cas particulier. Contrairement à la majorité des pays européens, les vétérinaires allemands ne fixent pas librement leurs honoraires. Ceux-ci sont encadrés par une réglementation nationale : la Gebührenordnung für Tierärztinnen und Tierärzte (GOT). Alors que cette grille tarifaire de 108 pages (voir l'illustration principale, en libre accès ici) fait aujourd'hui l'objet d'une vive controverse dans ce pays, son avenir est au cœur d'une évaluation officielle dont les résultats sont attendus pour fin 2026.
Créée en 1940 et régulièrement actualisée, la GOT constitue le cadre légal de facturation des actes vétérinaires en Allemagne. Son objectif est double :
La nomenclature couvre l'ensemble des prestations vétérinaires : consultations, actes chirurgicaux, examens d'imagerie, analyses de laboratoire, urgences, certificats ou encore suivi d'élevage. Chaque acte est associé à une valeur de référence. Le praticien peut ensuite appliquer un coefficient entre une et trois fois ce tarif de base (taux simple, double ou triple), en tenant compte de plusieurs critères :
À ces honoraires (HT) peuvent s'ajouter les frais de déplacement et les consommables (voir l'exemple d'une opération de pyomètre de chienne dans l'illustration ci-dessous).
Traduction d'un exemple (page 85 de la GOT 2022), pour une opération de pyomètre chez une chienne. Seule la tarification de base est donnée dans cet exemple, les vétérinaires peuvent facturer jusqu'au triple de ce tarif (si c'est justifié).
La dernière révision majeure de la GOT est entrée en vigueur le 22 novembre 2022. Pour la profession vétérinaire allemande, cette réforme était devenue indispensable. Les tarifs reposaient en effet sur des bases économiques largement dépassées, alors même que les coûts de fonctionnement des structures avaient fortement augmenté (salaires, équipements de diagnostic, coûts énergétiques, investissements numériques, permanence des soins…). La réforme avait également pour objectif de tenir compte des évolutions de la médecine vétérinaire, en ajoutant ou actualisant de nombreux actes qui n'existaient pas lors des versions précédentes. Cette revalorisation a entraîné une hausse parfois importante des factures pour les propriétaires d'animaux, déclenchant rapidement des critiques dans les médias et dans certains milieux politiques.
Si la question concerne l'ensemble de la profession, c'est la médecine équine qui cristallise les tensions. Plusieurs organisations représentant les propriétaires, les éleveurs ou les acteurs du sport équestre dénoncent une augmentation devenue, selon eux, difficilement supportable. Parmi les critiques fréquemment formulées : les soins vétérinaires seraient devenus trop coûteux, certaines interventions seraient reportées pour des raisons financières, le coût global de la détention des chevaux augmenterait fortement, ou encore les structures vétérinaires « profiteraient » de la hausse des tarifs. Les praticiens équins rapportent quant à eux une pression croissante dans leur activité quotidienne. Les discussions autour du prix des soins occupent une place de plus en plus importante dans la relation avec les propriétaires. Les organisations professionnelles soulignent également qu'une réduction des tarifs pourrait fragiliser davantage l'attractivité déjà limitée de l'exercice libéral, notamment dans les zones rurales.
Contrairement à certaines affirmations relayées ces derniers mois, l'évaluation prévue en 2026 ne correspond pas à une demande de suppression de la réglementation. Dès l'adoption de la réforme de 2022, le gouvernement fédéral allemand avait en effet prévu une révision quatre ans plus tard afin de répondre à plusieurs questions :
Cette analyse doit également tenir compte des exigences européennes. Dans le cadre de la directive sur les services, les États membres doivent pouvoir justifier l'existence de réglementations tarifaires obligatoires en démontrant qu'elles servent l'intérêt général, notamment la protection des consommateurs, la qualité des soins ou la continuité de l'offre vétérinaire. Autrement dit, l'Allemagne doit démontrer pourquoi une telle réglementation reste pertinente.
Les partisans d'une suppression de la GOT estiment qu'un marché libre permettrait davantage de flexibilité tarifaire et de concurrence. Cependant, l'expérience d'autres pays européens montre que l'absence de tarifs réglementés ne conduit pas nécessairement à une baisse des coûts pour les propriétaires. Au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Suède – comme en France – les autorités de concurrence enquêtent sur les hausses de prix, le manque de transparence et la concentration du secteur, au point d'envisager de nouvelles obligations d'information tarifaire. Dans ce contexte, le débat allemand dépasse largement la seule question du niveau des honoraires. L'enjeu est de trouver un équilibre entre accessibilité financière pour les propriétaires, rémunération équitable des vétérinaires et maintien d'une offre de soins de qualité. L'évaluation de la GOT prévue fin 2026 devra déterminer si cette réglementation continue de répondre à ces objectifs.
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