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Proplan

22 mai 2026

Nutrition des chiens et des chats cancéreux : bien équilibrer les sources d'énergie

par Pascale Pibot

Temps de lecture  5 min

La croissance des cellules tumorales est fortement consommatrice de glucose et modifie en profondeur le métabolisme énergétique physiologique (illustration Pixabay).
La croissance des cellules tumorales est fortement consommatrice de glucose et modifie en profondeur le métabolisme énergétique physiologique (illustration Pixabay).
 

Chez les chiens et les chats cancéreux, il est fréquent de voir apparaître une dysorexie ou une anorexie, dont l'origine peut être liée à la maladie elle-même, mais également aux effets secondaires des médicaments administrés. Il en résulte une perte de poids consécutive à la perte de masse grasse et aussi de masse maigre, qui caractérise la cachexie cancéreuse.

Pour contribuer à lutter contre la malnutrition associée aux cancers chez les chiens et les chats, les auteurs d'une revue bibliographique proposent une analyse exhaustive des interventions nutritionnelles recommandées en oncologie canine et féline. Le rôle des glucides dans l'alimentation des chiens et des chats cancéreux est particulièrement développé ci-après, mais la publication dresse également un bilan des recommandations scientifiquement étayées à propos de tous les autres nutriments.

La cachexie cancéreuse, un phénomène multifactoriel

La cachexie ne s'explique pas seulement par un bilan énergétique négatif. Son développement est également favorisé par des changements métaboliques : chez un chien ou un chat cancéreux, l'augmentation de la concentration plasmatique des médiateurs inflammatoires (catécholamines et cytokines inflammatoires, cortisol, insuline et glucagon) altère la capacité de l'organisme à utiliser les matières grasses. Pour couvrir ses besoins énergétiques, le métabolisme utilise alors les acides aminés (néoglucogenèse) et le catabolisme des réserves musculaires favorise l'apparition de la cachexie, même à un stade clinique précoce.

Une cachexie aggrave considérablement le pronostic : par rapport aux animaux qui n'en présentent pas, la réponse au traitement est moins efficace, et les taux de rémission de la maladie et de survie des animaux diminuent.

La tumeur consomme du glucose

Pour entretenir sa croissance et éventuellement envahir d'autres tissus et organes, une tumeur consomme de l'énergie, et les cellules cancéreuses ont besoin d'une voie d'approvisionnement énergétique rapide.

Les cellules normales et saines produisent de l'ATP par la voie de la glycolyse (qui produit du pyruvate ultérieurement transformé en ATP via la phosphorylation oxydative). Les cellules cancéreuses, elles, utilisent la voie de la fermentation anaérobie du glucose. Le produit métabolique final est le lactate, qui favorise un environnement acide propice à la croissance tumorale.

Même si le rendement énergétique de la fermentation est moindre (seulement 2 molécules d'ATP par rapport à 36 avec la phosphorylation oxydative), l'approvisionnement énergétique est plus rapide et répond mieux aux besoins élevés des cellules cancéreuses.

Pour que la voie de la fermentation fonctionne efficacement, il est cependant essentiel d'accroître le taux d'absorption du glucose. Il se produit donc une surexpression des transporteurs du glucose, accompagnée du développement d'une résistance à l'insuline.

Pas plus de 25 % de calories d'origine glucidique

C'est Otto Warburg, en 1920, qui fût le premier à décrire la reprogrammation métabolique des cellules cancéreuses, lesquelles privilégient la voie de la glycolyse anaérobie, même en présence d'oxygène. À partir de cette observation, il a été proposé de réduire drastiquement la part des glucides dans le régime des patients cancéreux, afin de ne pas fournir d'énergie facilement disponible à la tumeur.

Un régime cétogène (riche en matières grasses et pauvre en glucides) a alors été préconisé en médecine humaine, pour créer un environnement défavorable aux cellules cancéreuses et optimiser l'efficacité du traitement. Il a cependant été observé que l'effet du régime alimentaire varie selon le type de cancer.

Le chien et le chat sont des espèces qui valorisent très bien l'énergie issue des matières grasses. Un régime dont plus de la moitié de l'énergie est issue des lipides (où les matières grasses représentent 25 à 40 % de la matière sèche) n'entraîne donc pas de cétose. Il convient seulement de veiller à ce que la part des protéines soit suffisante pour ne pas provoquer de déficit en acides aminés. Les animaux cachectiques ont besoin d'énergie mais aussi de protéines en quantité suffisante (voir ci-après).

Dans un contexte d'hypermétabolisme cancéreux, le retrait total des glucides dans l'alimentation des chiens et des chats cancéreux ne doit pas être encouragé, au risque d'aggraver la cachexie lorsque le bilan énergétique de l'animal est négatif. Les apports glucidiques sont donc maintenus, en limitant toutefois leur teneur, à 25 % au maximum (par rapport à la matière sèche) selon certains auteurs. Les données scientifiques établissant un lien entre l'apport en glucides et les récidives de cancers sont limitées chez le chat et le chien.

Privilégier les glucides complexes

Plus que le pourcentage de glucides alimentaires, c'est la nature de ces glucides qui peut influencer le métabolisme tumoral. Choisir les sources glucidiques en fonction de leur index glycémique peut être bénéfique à l'animal cancéreux.

Les glucides à éviter sont les sucres simples et, plus généralement, tous ceux qui ont un index glycémique élevé puisqu'ils favorisent l'hyperglycémie, le stress oxydatif, l'intolérance au glucose et une production excessive d'insuline. Cette augmentation de l'insuline stimule en outre l'activité d'hormones anaboliques, telles que le facteur de croissance analogue à l'insuline de type 1 (IGF-1) et l'hormone de croissance (GH), dont les récepteurs sont surexprimés par de nombreuses tumeurs.

La consommation de glucides complexes, dont l'index glycémique est plus faible, sera préférée, car ils régulent l'activité de la protéine de liaison au facteur analogue de l'insuline 3 (IGFPB-3).

Ne pas oublier les protéines

Une teneur élevée en protéines favorise le maintien de la masse maigre, qui est compromise par le catabolisme des acides aminés induit par la tumeur. Afin de lutter contre l'installation de la cachexie, les apports protéiques recommandés pour les chiens et les chats cancéreux sont d'environ 1,0 à 1,2 g de protéines hautement digestibles par kg et par jour.

Le rôle particulier de certains acides aminés a en outre été mis en évidence chez le chien et le chat :

  • La leucine est l'acide aminé à chaîne ramifiée le plus important pour la préservation de la masse maigre car il peut contribuer à limiter la protéolyse ;
  • La lysine a également un rôle important à jouer pour freiner le catabolisme protéique ;
  • Une supplémentation alimentaire en arginine et en ornithine a été associée à une augmentation significative de l'activité phagocytaire des leucocytes sanguins, un indicateur positif de l'efficacité du système immunitaire des animaux.

Le soutien nutritionnel fait partie intégrante du traitement d'un animal cancéreux. Identifier une dysorexie et agir rapidement pour stimuler l'appétit est donc primordial pour la prise en charge, et le propriétaire recevra des recommandations précises pour nourrir son animal de manière à améliorer sa qualité de vie.