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Proplan

21 mai 2026

Le cas de rage canine de janvier en Allemagne, bien lié à des fraudes multiples à l'importation depuis la Russie

par Vincent Dedet

Temps de lecture  6 min

Arbre phylogénétique plaçant la souche de virus rabique identifiée en Allemagne sur une chienne importée de Russie. La souche, du groupe cosmopolite, appartient à un sous-groupe plutôt présent au sud-est de la Russie et au Kazakhstan, et non à Moscou, dont la chienne est censée être originaire. Freuling et coll., 2026.
Arbre phylogénétique plaçant la souche de virus rabique identifiée en Allemagne sur une chienne importée de Russie. La souche, du groupe cosmopolite, appartient à un sous-groupe plutôt présent au sud-est de la Russie et au Kazakhstan, et non à Moscou, dont la chienne est censée être originaire. Freuling et coll., 2026.
 

Le cas de rage survenu en Allemagne fin janvier sur une chienne importée de Russie fin novembre 2025 a fait l'objet d'investigation démontrant qu'il y a eu au moins quatre fraudes sur cet animal (et sur certains de ses congénères importés en même temps). Pourtant, ni l'association caritative qui a procédé à l'importation ni le transporteur n'apparaissent avoir été inquiétés. Une publication scientifique de la mi-mai, cosignée par les virologistes du laboratoire allemand de référence sur la rage, vient détailler les développements de ce cas, qui a conduit à l'exposition de 8 personnes : personnes adoptantes et personnel d'une clinique vétérinaire canine.

De l'adoption au décès de rage

Courant décembre 2025, une chienne a été adoptée par une famille résidant à quelques kilomètres de la ville allemande de Mannheim, dans le Land de Rhénanie-Palatinat (frontalier avec l'est de la France). Cet animal avait été importé fin novembre depuis la Russie, avec des papiers apparemment en règle (voir plus bas). Le 22 janvier 2026, « la chienne a présenté une anorexie et a été admise dans une clinique vétérinaire. La présence d'un corps étranger étant suspectée, une intervention chirurgicale a été pratiquée » indique un article scientifique reprenant les points saillants de cet historique. Pendant l'hospitalisation qui a suivi l'intervention, la chienne « a perdu deux dents de lait après avoir mordu violemment les barreaux de sa cage. Son comportement agressif s'est poursuivi à la maison », au point que, le 25 janvier, les praticiens ont déclaré la suspicion de rage aux autorités, et « l'animal a été placé en quarantaine » dans les locaux d'un refuge local. La chienne est morte 24 plus tard et les prélèvements réglementaires sont réalisés et envoyés. L'isolement du virus a été obtenu le 10 février, confirmant la suspicion clinique.

Première falsification : la date de naissance

Entre le 10 et le 17 février, le traçage des contacts du cas a permis d'identifier huit personnes exposées (six ayant présenté une exposition minimale et deux une exposition faible) ; toutes ces personnes ont reçu une prophylaxie post-exposition. Parmi elles figurent les propriétaires de l'animal et du personnel de la clinique vétérinaire. Au domicile de la chienne, se trouvait une chatte non vaccinée, qui a été euthanasiée (elle vivait exclusivement en intérieur). Outre les dents déciduales laissées à la clinique, les données scientifiques publiées en mai indiquent que « l'autopsie a estimé l'âge de la chienne entre 4 et 6 mois au moment de son décès, suggérant une date de naissance postérieure à fin juillet ou août 2025, (…) ce qui laisse penser que les documents présentés étaient probablement falsifiés » pour l'âge de l'animal.

Seconde falsification : la vignette

Selon ses papiers officiels, la chienne « serait née le 5 mai 2025, identifiée par puce électronique, vaccinée contre la rage en juillet 2025 et aurait subi un test de titration d'anticorps antirabiques avant son entrée dans l'UE, avec un taux de 2,0 UI/ml en septembre 2025 ». Après la confirmation de la rage, les autorités du Land de Rhénanie-Palatinat ont demandé « l'expertise médico-légale du fabricant du vaccin, qui a établi que l'étiquette du vaccin dans le passeport de l'animal n'était pas authentique ». Seconde falsification, mais qui concerne plusieurs animaux. En effet, la chienne faisait partie d'un chargement de 22 chiens et 2 chats qui a passé un poste d'inspection frontalier entre le Belarus et la Lettonie le 21 novembre, « importés par une association russe de protection animale ». Ce « transport a été assuré par un transporteur letton et enregistré dans le système européen de contrôle des échanges et d'expertise (TRACES) au moyen d'un document sanitaire commun d'entrée (CHED) ». Sur ces 24 animaux, « quatre chiens (…) ont été respectivement expédiés vers l'Autriche, la Belgique, la France et la Suisse ». Les 19 autres (17 chiens et 2 chats) étaient destinés à l'Allemagne. De plus, deux autres groupes (32 chiens et 22 chats au total) provenant de la même organisation russe de protection animale, « ont franchi la frontière biélorusse-lettone à peu près au même moment, le soir du 20 novembre et la nuit du 21 novembre 2026 ». Ces 54 animaux étaient tous à destination de l'Allemagne et le transporteur était, cette fois allemand. Pour les trois groupes, les papiers contrôlés par les services sanitaires lettons étaient en apparence conformes. Or l'enquête a montré que pour « six de ces animaux, la même étiquette de vaccin falsifiée avait été utilisée ».

Troisième falsification : les titres en anticorps

Tous les chiens et chats étant pucés, ils ont été retracés chez leurs adoptants, mis sous surveillance, prélevés et au besoin revaccinés. L'article mentionne aussi que, pour 9 des animaux des deux autres lots de chiens et chats que celui contenant le cas de rage, « des tests sérologiques répétés ont révélé des titres > 0,5 UI/ml chez 33 animaux, tandis que chez 16 animaux, les titres étaient < 0,5 UI/ml », titres non protecteurs. Ce qui indique soit l'absence de vaccination, soit une vaccination avec un vaccin de mauvaise qualité, soit une vaccination avec un vaccin efficace mais à un âge incorrect. Il n'est pas mentionné de titres sérologiques pour les animaux ayant été importés avec le cas index.

Quatrième falsification : l'origine de la chienne

Parmi les nouvelles informations pertinentes de l'article scientifique figure le fait que le séquençage intégral de la souche virale de la chienne la classe au sein de « la lignée cosmopolite du virus de la rage (RABV), présentant la plus forte identité avec les séquences du cluster C1b, un cluster associé au RABV du sud-est de la Russie, du Kazakhstan et de la Chine ». Or d'après « la documentation TRACES, une organisation russe de protection animale située près de Moscou a été désignée comme lieu d'origine de tous les animaux expédiés. Or les analyses phylogénétiques suggèrent que le virus, et très probablement le chien lui-même, provenaient des régions du centre-sud de la Russie », et non de Moscou où cette souche n'est pas décrite dans les banques de données de génomes viraux.

En Belgique, à titre de précaution, l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca, Belgique) a indiqué fin février avoir « contacté cinquante propriétaires de chiens adoptés aux cours des six derniers mois via [la même organisation que celle ayant organisé le transport de la chienne enragée depuis la Russie]. Il leur [a été] demandé d'être vigilants quant à tout changement de comportement ou symptôme éventuel chez leur animal. Neuf chiens doivent en outre rester en isolement à domicile jusqu'à 6 mois après leur arrivée en Belgique ». À date, il n'a pas été publié d'informations sur les chiens (un par pays) du même chargement que le cas enragé, et importés en France, Suisse et Autriche. La presse généraliste allemande indique qu'une enquête judiciaire est en cours. En l'état, rien n'indique que l'association ayant procédé à ces importations ait été inquiétée.