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Proplan

4 septembre 2026

Prescription de ciclosporine : sensibiliser le propriétaire au risque d'infection

par Agnès Faessel

Temps de lecture  4 min

La ciclosporine est un polypeptide cyclique constitué de 11 acides aminés qui agit spécifiquement et réversiblement sur les lymphocytes T (illustration Wikimedia commons).
La ciclosporine est un polypeptide cyclique constitué de 11 acides aminés qui agit spécifiquement et réversiblement sur les lymphocytes T (illustration Wikimedia commons).
 

La ciclosporine est utilisée comme médicament immunomodulateur chez le chien et le chat, indiqué notamment dans la prise en charge de la dermatite atopique canine et de la dermatite allergique féline. Mais elle est prescrite dans nombre d'autres maladies. Plusieurs travaux d'étude ont pointé le risque d'infections opportunistes associés à son administration, bactériennes et fongiques en particulier. Et une plus large étude, rétrospective, le conforte. Ses résultats (publiés en libre accès dans JSAP) ont surtout identifié plusieurs facteurs de risque chez le chien, permettant d'affûter la surveillance des cas traités.

Près de 300 traitements chez des chiens de divers profils

L'étude a été menée dans un centre de référés britannique. Elle a porté sur 265 chiens pris en charge entre mars 2015 et septembre 2022, et traités avec de la ciclosporine par voie orale pendant au moins 3 semaines (un arrêt précoce du traitement en raison d'une infection était toléré). Un suivi d'au moins 4 semaines était requis (il était de 28 semaines en médiane finalement). Ces chiens ne présentaient pas d'infection au moment de la prescription, les infections diagnostiquées durant le suivi étaient donc nouvelles.

Plusieurs chiens (n=15) ont reçu de la ciclosporine à plusieurs reprises (dans les conditions requises pour l'inclusion des cas). L'étude porte donc sur 281 traitements au total.

Les chiens étaient de divers âges (6,5 ans en médiane), races (61 représentées), poids (13,6 kg en médiane), sexe et statut sexuel (52 % de mâles et 48 % de femelles).

Traitements de diverses affections à diverses doses

La dose de ciclosporine était différenciée entre faible et élevée (avec un seuil fixé à 8 mg/kg/j). La dose médiane initiale était ici de 9,6 mg/kg/j.

Seuls 3 cas de dermatite atopique sont inclus. La ciclosporine était administrée en traitement de diverses affections, dont une méningoencéphalite d'origine inconnue (pour 42 chiens), une anémie hémolytique à médiation immunitaire (41 chiens), une thrombopénie à médiation immunitaire (38 chiens), une entéropathie inflammatoire chronique (37 chiens), etc.

Une partie de ces chiens (n=21) avaient été traités pour plusieurs maladies.

Des infections suspectées ou confirmées

Les auteurs ont considéré toutes ces nouvelles infections, qu'elles soient confirmées (par cytologie, histologie, culture) ou seulement suspectées (répondant au traitement antimicrobien, par exemple). Leur taux atteint 33,2 % (88 chiens sur 265). Et il pourrait être sous-estimé, selon les auteurs, car une infection a pu être prise en charge par le vétérinaire traitant, sans que le centre de référés, qui a mené l'étude, soit informé.

Ces infections rapportées sont toutes survenues en cours de traitement, après une durée médiane de 54 jours suivant la première administration.

  • Les infections bactériennes sont les plus fréquentes (69 chiens soit 26 %). Elles étaient dues à divers bactéries, notamment Escherichia coli et Staphylococcus spp.
  • Les infections fongiques ont touché 12 chiens (4,5 %), dues à divers champignons lorsqu'identifiés.
  • Et une infection parasitaire (Giardia duodenalis), plus rare, a été diagnostiquée chez 3 chiens (1,1 %).

Dans les autres cas, l'agent étiologique n'a pas été identifié, ou plusieurs étaient associés.

Pyodermites et cystites

Le site de l'infection était parfois précisé, et l'analyse a distingué 6 localisations : la peau, la sphère urogénitale, l'appareil musculosquelettique, le système cardiorespiratoire, le système hépatobiliaire ou une atteinte généralisée.

Les infections cutanées (21 d'origine bactérienne, 11 d'origine fongique, 14 d'origine indéterminée) et de la sphère urogénitale (25 d'origine bactérienne) sont ainsi les plus fréquentes.

Trois facteurs de risque significatifs

Les auteurs ont également recherché les facteurs de risque de ces infections. Et parmi ceux identifiés figure l'administration d'un troisième immunosuppresseur. En effet, 238 des 265 chiens (soit près de 90 %) ont également été traités par de la prednisolone à dose immunosuppressive. Et 68 (25,6 %) ont reçu un troisième traitement immunomodulateur : mycophénolate mofétil (25 chiens), chlorambucil (17) ou cytarabine (15) pour les plus fréquents. Le taux d'infection atteint 45,6 % chez ces chiens (31/68), contre 28,9 % chez les autres (57/197). Le risque est ainsi multiplié par 1,96 dans l'analyse multivariée. Les auteurs rappellent que l'administration concomitante de 3 agents immunosuppresseurs est déjà déconseillée en pratique, pour éviter les effets indésirables dont, justement, les infections. L'administration de mycophénolate mofétil est particulièrement associée à un surrisque d'infection (risque x 3,43).

Les chiens de grand format (plus lourds) sont également plus à risque (x1,04 par kg de poids supplémentaire).

Et une dose initiale élevée de ciclosporine (> 8 mg/kg/j) est associée à un risque multiplié par 3,01.

Les autres paramètres évalués, comme la maladie traitée, l'âge du chien, l'évolution du cas (amélioration, sans changement ou détérioration) ou l'administration de prednisolone ne sont pas liés au risque d'infection selon l'analyse statistique. L'agent infectieux ou le site d'infection ne le sont pas non plus.

Sensibiliser les propriétaires

La force de cette étude est d'avoir porté sur une large cohorte de chiens, traités par de la ciclosporine à divers dosages. Elle confirme le surrisque d'infection associé à son administration, ce qui amène les auteurs à conseiller d'informer et sensibiliser le propriétaire à ce risque. Ainsi alerté, il sera en mesure de consulter rapidement en cas de signes d'infection, afin de la prendre en charge précocement.

Un chien de grand format, une dose initiale élevée (ce qui peut être indirectement lié) et une trithérapie immunosuppressive motivent une surveillance particulièrement étroite, selon ces résultats.