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Elanco & Proplan

23 mars 2026

Les leviers pour garder le cap dans le chaos

par Pierre Mathevet

Temps de lecture  4 min

Nous vivons dans un monde chaotique car instable et imprévisible, obligeant les managers à développer de nouvelles compétences (cliché Pixabay).
Nous vivons dans un monde chaotique car instable et imprévisible, obligeant les managers à développer de nouvelles compétences (cliché Pixabay).
 

Notre époque est marquée par le chaos, c'est-à-dire un état de confusion générale, provoqué par la survenue brutale de guerres, les ruptures technologiques, des évolutions sociétales et générationnelles extrêmement rapides, les perspectives dramatiques du réchauffement climatique. D'un monde déjà compliqué au début du siècle, rythmé par des crises successives, nous avons basculé désormais dans un monde complexe.

Les 3 marqueurs de la complexité sont l'incertitude (l'impossible de prévoir le futur proche), l'incomplétude (un seul individu ne peut appréhender et comprendre l'ensemble des éléments et leurs interconnexions) et l'impermanence (l'instabilité de tous les éléments prévaut).

Devant cette complexité, comment réagissent les managers ? C'est ce que la société Managethic a voulu évaluer, au travers d'une enquête en ligne menée en juin 2025 et destinée aux dirigeants, managers et responsables des ressources humaines. Tous les secteurs d'activité et toutes les tailles d'entreprises étaient représentés dans les résultats obtenus.

Une meilleure robustesse des petites entreprises

Globalement, 20 % des dirigeants ou managers considèrent leur entreprise en situation chaotique (instabilité prolongée avec dégradation de la performance), avec un maximum de 52 % d'entre eux en poste dans des entreprises de 250 à 1 250 salariés. Les moins concernés travaillent dans les entreprises de 10 à 50 salariés ; et 10 % des managers et dirigeants des entreprises de moins de 10 salariés se déclarent impactés par le chaos ambiant. Les petites entreprises semblent ainsi plus robustes, grâce à une souplesse et une agilité supérieures.

Cette instabilité impacte les priorités des managers : 35 % d'entre eux déclarent changer leurs priorités chaque semaine, et même chaque jour, pour près d'un manager sur 5 (19 %). Ainsi plus d'un manager sur deux revoit ses priorités toutes les semaines. Le pilotage devient adaptatif et les arbitrages complexes, ce qui n'est pas sans conséquences sur la fatigue des dirigeants et des équipes.

L'enjeu de la communication interne

Dans la complexité, les organisations misent d'abord sur un levier simple mais fondamental : une communication claire et transparente est la principale réponse managériale pour 27 % des répondants.

Viennent ensuite le partage de la vision et l'incarnation des valeurs, le renforcement de la cohésion d'équipe, l'ajustement continu des processus et des objectifs, soulignant l'importance d'un cadre de dialogue lisible entre tous les équipiers.

Pour faire face au chaos ambiant, la communication structurée est ainsi considérée comme la meilleure pratique managériale. Elle repose d'abord sur un partage régulier des informations sur l'activité, les difficultés rencontrées et les opportunités à saisir. Elle se doit d'être transparente et sincère. Elle n'est pas uniquement descendante mais, au contraire, intègre les retours et les remontées d'informations de la part des équipes, et s'appuie donc sur l'écoute active et l'attention portée à l'autre.

Agir vite, décider mieux et… garder le cap

L'agilité et l'adaptabilité sont citées ensuite comme les pratiques managériales nécessaires pour faire face à la période actuelle. Cette capacité à s'ajuster rapidement, à la révision régulière des priorités et des processus devient essentielle. Mieux vaut prendre une mauvaise décision plutôt que de n'en prendre aucune. Cela oblige à travailler la résilience, individuelle et collective.

Mais en même temps, les équipes ont besoin de se mobiliser autour d'un cap clair, sincère et partagé, qui n'occulte ni les difficultés éventuelles, ni les points forts sur lesquels s'appuyer. Cette vision se doit d'être ancrée dans la réalité du terrain. Cela permet de donner du sens aux décisions et d'assurer leur cohérence dans le temps.

Développer la relation humaine et le collectif

Développer un management centré sur l'humain est un point considéré également comme essentiel dans ces nouvelles exigences de leadership. Adopter une posture humaine, exemplaire et empathique permet d'instaurer un climat de confiance, même en période difficile. L'alliance de l'exigence et du respect mutuel favorise la coopération et la co-construction basée sur l'intelligence collective. Le dirigeant n'est plus le seul à décider dans sa tour d'ivoire. Au contraire, la diversité des points de vue, l'ouverture d'esprit et les apports de tous dans les réflexions sur les nouveaux projets sont encouragés pour lutter contre l'incomplétude actuelle. Ce management de proximité, proche des individus, renforce l'esprit d'équipe et l'entraide.

Trois leviers à activer immédiatement

En pratique, 3 leviers de management émergent pour faire face au chaos :

  • Outiller l'agilité managériale pour apprendre à gérer le changement permanent, les nouvelles priorisations, et prendre des décisions rapides mais alignées ;
  • Combiner ensuite l'agilité (court terme) et la tenue d'un cap clair (moyen terme), tout en donnant du sens aux efforts ;
  • Et professionnaliser les pratiques managériales et développer le leadership à travers la culture du feedback, la participation active de tous dans les réunions, une parole libérée pour profiter de l'intelligence collective.