2 mars 2026
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La maladie rénale chronique (MRC) est une affection féline particulièrement courante : elle représente la principale cause de mortalité chez les chats âgés. Évaluer le stade de la maladie est indispensable pour émettre un pronostic et proposer une prise en charge appropriée. Aucun traitement particulier n'est en général recommandé pour les chats aux stades non-azotémiques, mais une revue de la littérature scientifique publiée fin 2025 a compilé des arguments en faveur d'une intervention nutritionnelle précoce.
Chez les chats atteints de MRC, la perte de poids et l'hyperphosphorémie apparaissent bien avant le stade azotémique : la perte de poids peut débuter 3 ans avant le diagnostic de MRC ! Ces constatations incitent à modifier l'alimentation des chats à un stade précoce de la maladie.
Le stade de la MRC féline (1 à 4) est estimé à partir des critères proposés par l'International Renal Interest Society (IRIS) pour évaluer le débit de filtration glomérulaire (DFG), notamment les concentrations sériques de créatinine et de diméthylarginine symétrique (SDMA). Chez la plupart des chats, la concentration sérique de SDMA augmente avant celle de la créatinine, ce qui en fait un marqueur plus sensible pour détecter une diminution du DFG.
L'azotémie n'est pas présente au stade 1 de la MRC, et certains chats classés au stade 2 ne sont pas non plus azotémiques.
Pour objectiver l'azotémie, il est essentiel de vérifier que le taux sérique de SDMA reste constamment élevé (> 14 µg/dl), en particulier s'il est inférieur à 20 µg/dl. La probabilité de persistance de l'élévation du taux de SDMA n'est en effet que de 53 % chez les chats dont la mesure initiale est comprise entre 15 et 19 µg/dl ; elle dépasse 76 % lorsque la mesure initiale atteint 20 µg/dl. Pour la créatinine, l'IRIS considère que le seuil de l'azotémie est franchi quand le taux sérique dépasse 2,8 mg/dl.
Il existe cependant de fortes variations individuelles. Il est donc utile de suivre l'évolution de la SDMA et de la créatininémie au fil du temps, à condition que les propriétaires acceptent des examens fréquents. Pour ces deux marqueurs, des augmentations respectives de 54 à 62 % et de 17 à 32 % seront considérées comme cliniquement significatives.
Chez les chats âgés en bonne santé apparente, une protéinurie relativement élevée (ratio protéines/créatinine urinaires [RCPU] de 0,2 à 0,4) et persistante est corrélée à une réduction de l'espérance de vie. Il est probable que cette observation soit liée à une MRC précoce.
Un déclin de la densité urinaire (DU) peut être considéré comme une conséquence naturelle du vieillissement. Des études ont cependant montré que le développement ultérieur d'une MRC est plus probable chez les chats âgés présentant la DU la plus faible. Comme pour la SDMA et la créatininémie, connaître la valeur usuelle de la DU chez un chat en bonne santé aide à interpréter une baisse de sa valeur lorsque le chat vieillit.
La Fédération européenne de l′industrie des aliments pour animaux familiers (Fediaf) met en garde contre les effets potentiellement néphrotoxiques d'une consommation élevée de phosphore inorganique chez les chats adultes.
Une phosphorémie élevée entraîne l'augmentation des concentrations plasmatiques de la parathormone (PTH), du facteur de croissance des fibroblastes (FGF23) et du calcium total /ionisé. Chez les chats azotémiques, ces paramètres sont associés à un risque accru de progression de la maladie rénale et de décès. À l'inverse, une restriction en phosphore permet de réduire l'incidence de l'hypercalcémie et de faire baisser la concentration plasmatique de FGF23.
L'accumulation du phosphore précède l'apparition de l'azotémie et certaines données indiquent qu'une restriction en phosphore pourrait aussi être bénéfique à un stade précoce de la MRC. Une étude de 2016 a, par exemple, comparé les effets d'un régime alimentaire modérément restreint en phosphore (1,59 g/Mcal) et d'un aliment d'entretien (2,61 g/Mcal) sur l'homéostasie phosphocalcique de chats en bonne santé pendant 18 mois. L'aliment d'entretien a été associé à une augmentation de l'excrétion du phosphore (à partir du 15e mois) et à un risque plus important d'augmentation de la concentration plasmatique de PTH.
L'incidence de l'hypercalcémie (calcium ionisé > 1,4 mmol/l) n'était cependant pas différente entre les groupes dans cette étude, et l'augmentation du calcium ionisé a même été plus importante chez les chats nourris avec l'aliment restreint en phosphore. Un tel aliment peut donc avoir des effets bénéfiques sur l'homéostasie du phosphore tout en augmentant le risque de développement d'une hypercalcémie. En pratique, la restriction en phosphore influence les marqueurs de l'homéostasie phosphocalcique mais les effets néfastes ou bénéfiques restent à déterminer.
L'interprétation de telles études est rendue délicate par le fait que la concentration en phosphore de l'aliment n'est pas le seul paramètre à prendre en compte : l'origine du phosphore (organique ou inorganique) et sa biodisponibilité jouent également un rôle. Tous les aliments à teneur réduite en phosphore ne sont pas équivalents.
Les chats adultes présentent des besoins protéiques élevés et si la baisse de l'apport protéique devient incontournable en cas d'azotémie, le risque de malnutrition protido-énergétique tend à faire retarder le moment d'imposer cette restriction. Il est donc difficile de savoir si une telle réduction pourrait être bénéfique à un stade précoce de la MRC féline, d'autant plus que la plupart des études utilisent des aliments présentant des taux restreints en phosphore ainsi qu'en protéines.
Une étude de 2021 a cependant comparé l'effet isolé du taux protéique (53,3 - 70,3 - ou 80,1 g/Mcal) chez les chats atteints de MRC au stade 1. L'apport en phosphore et le rapport Ca/P étaient similaires dans les trois groupes (1,1 g/Mcal de phosphore ; Ca/P de 1,3-1,4). L'évolution du poids et les concentrations sériques de phosphore et de créatinine n'ont pas été influencées par l'alimentation mais le RCPU était plus élevé chez les chats nourris avec le régime le plus riche en protéines. Celui-ci était également associé à une production plus élevée de toxines urémiques (notamment le sulfate d'indoxyle, qui influence la gravité et la progression de la MRC).
Dans une étude brésilienne plus récente (2022), les effets d'un aliment d'entretien apportant 1,2 g/Mcal de phosphore et 86,8 g/Mcal de protéines (soit un niveau proche de celui du régime le plus riche en protéines évoqué ci-avant) ont été étudiés pendant 60 jours chez de jeunes chats en bonne santé et chez des chats atteints de MRC aux stades 1 ou 2. Malgré un apport énergétique similaire entre les groupes, les chats qui avaient atteints le stade 2 ont présenté une réduction significative de leur poids et de leur condition corporelle par comparaison aux chats en bonne santé et à ceux au stade 1.
Si des restrictions en phosphore et en protéines sont appliquées dans la majorité des études sur les chats atteints de MRC non-azotémique, d'autres nutriments (acides gras oméga 3, antioxydants, L-carnitine, acides aminés indispensables, bétaïne…) sont susceptibles d'avoir un effet bénéfique sur la fonction rénale.
Le rôle du DHA (un acide gras polyinsaturé oméga 3) lors de MRC féline non azotémique a notamment été mis en évidence en 2022 dans une étude sur 28 jours, non contrôlée. Avec une dose quotidienne de 250 mg/kg une fois par jour, la concentration sérique de SDMA, le RPCU et l'indice de N-acétyl-D-glucosamine (un marqueur des lésions tubulaires) ont diminué significativement.
Malgré la difficulté à comparer les résultats des études sur les chats non-azotémiques, certaines conclusions générales se dégagent.
L'identification de nouveaux biomarqueurs et des études cliniques prospectives à long terme permettront sans doute à l'avenir de mieux comprendre l'évolution naturelle de la MRC et d'affiner la prise en charge nutritionnelle des chats non-azotémiques.
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