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Proplan

13 avril 2026

Maltraitance : le syndrome de Münchhausen par procuration existe aussi sur les animaux de compagnie

par Vincent Dedet

Temps de lecture  4 min

Une enquête réalisée à l'automne dernier aux Pays-Bas auprès de 88 praticiens et ASV montre que 55 % d'entre eux ont (très) probablement déjà été confrontés à des cas de syndrome de Münchhausen par procuration sur animal de compagnie (LeFil, d'après van Herwijnen et coll., 2026).
Une enquête réalisée à l'automne dernier aux Pays-Bas auprès de 88 praticiens et ASV montre que 55 % d'entre eux ont (très) probablement déjà été confrontés à des cas de syndrome de Münchhausen par procuration sur animal de compagnie (LeFil, d'après van Herwijnen et coll., 2026).
 

En médecine humaine, le syndrome de Münchhausen correspond à un « trouble factice ». La personne produit ou feint intentionnellement des signes cliniques ou psychologiques dans le but de jouer le rôle de malade et d'attirer ainsi l'attention sur elle-même. Il existe – en pédiatrie – un syndrome de Münchhausen par procuration, où « un parent (généralement la mère), [induit ou allègue] une pathologie chez [son] enfant ». Mais ce syndrome peut aussi se produire par procuration sur un animal de compagnie – et les vétérinaires sont peu informés sur cet aspect, indique une publication néerlandaise.

Prévalence inconnue

La première description d'un syndrome de Münchhausen par procuration sur un animal de compagnie remonte à 1995, dans un journal américain de psychiatrie, sur un chien. Un second cas a suivi en 1997, aussi sur un chien. La maîtresse avait confié, pour la durée de ses vacances, son doberman à l'éleveur auquel elle l'avait acheté. L'état général de l'animal était tellement dégradé, et s'était si bien amélioré sous les soins de l'éleveur, qu'au retour de vacances de la maîtresse, il a refusé de lui rendre l'animal. Le médecin qui rapporte ce second cas précise que deux signes d'appel de ce type de pathologie humaine sont :

  • le fait que l'état de l'animal s'améliore nettement lors d'une séparation d'avec son/sa propriétaire,
  • le fait que d'autres animaux de la même personne sont décédés dans des conditions « suspectes ».

Toutefois, l'évaluation des cas de syndrome de Münchhausen est « complexe et difficile », et une étude américaine (en humaine) a conclu que sa prévalence est inconnue. Autant dire qu'en médecine vétérinaire, la fréquence de tels cas reste elle aussi à évaluer. La littérature n'est riche que d'une publication sur le sujet, datant de 2001 et présentant une série de 9 cas au total, outre-Manche, sur 448 cas de blessures non accidentelles.

Enquête auprès de praticiens et ASV

Les chercheurs du département “science et société” de la faculté vétérinaire d'Utrecht (Pays-Bas) ont désiré améliorer la sensibilisation des professionnels à cette affection, en proposant par courriel et via les réseaux sociaux à des praticiens et des ASV de participer à une enquête en ligne sur le sujet. Celle-ci, ouverte de mi-septembre à mi-octobre 2025, posait des questions générales sur ce syndrome par procuration sur un animal de compagnie, « pour évaluer la connaissance et l'expérience du phénomène, évaluer son signalement éventuel et les obstacles à ce signalement » de maltraitance intentionnelle. Une seconde partie de l'enquête demandait aux répondants de noter une série de signes (issues de l'analyse de la littérature) pour leur probabilité d'être un signe d'appel du syndrome (de 1 : très peu probable, à 5 : très probable).

Probablement rare

Au total, 88 personnes ont répondu à la totalité du questionnaire (60 praticiens et 28 ASV), en majorité des femmes (91 % des répondants). Huit pour cent travaillaient en clientèle mixte et 3 % en équine, les autres en canine pure. Lorsque la définition de l'affection était fournie, 15 % des répondants ont indiqué n'en avoir jamais entendu parler. Dans leur très grande majorité (89 %), ils ont indiqué n'avoir pas suivi de formation sur le sujet. Toutefois, une majorité de répondants estime probable d'avoir déjà été confronté à de tels cas (voir l'illustration principale), mais lorsqu'un nombre de cas leur est demandé sur l'année écoulée, la grande majorité (84 %) répond “aucun”. Pour les autres, il s'agit au plus de trois cas dans l'année (un cas correspondant à une personne et peut concerner jusqu'à 10 animaux). Les animaux concernés étaient des chiens (n=16), chats (n=12), des lapins (n=4), un rongeur et un cheval.

Trois indices pertinents

Lorsqu'ils analysent au plan statistique les indices qui ont fait suspecter de tels cas aux répondants, trois signes d'appel apparaissent significativement plus pertinents (tous avec p<0,05) :

  • des « incompatibilités entre les antécédents médicaux et les résultats [de l'examen] clinique »,
  • une « difficulté de diagnostic, [face à un] schéma pathologique rare ou inattendu »,
  • et, en lien avec le comportement du client, des « visites relativement fréquentes à la clinique avec cet animal ou plusieurs animaux ».

Seuls quatre des répondants ont signalé ces cas de maltraitance animale, dont trois aux autorités (et un par voie associative). Les deux principaux obstacles perçus à un tel signalement sont d'une part, l'absence ou l'insuffisance de connaissances sur cette affection et d'autre part, l'absence de critères définis pour bien cerner la situation. Le secret professionnel arrive ensuite. Les auteurs reconnaissent qu'un tel diagnostic reste « un défi ».

Ils concluent de cette enquête que plus d'un professionnel vétérinaire sur deux estime avoir été confronté à un tel cas. Comme alors « le temps est souvent un facteur crucial, il apparaît pertinent d'approfondir l'étude des moyens de faciliter le signalement des cas, notamment au nom du bien-être animal ». Pour cela, il leur paraît nécessaire de « présenter les informations [sur ce syndrome] sous une forme structurée (organigramme par exemple), de faciliter le signalement via un centre de signalement/bureau de divulgation facilement accessible [et de mettre au point] des lignes directrices sur l'évaluation et la gestion » des cas.