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Proplan

29 avril 2026

Pododermatite plasmocytaire féline : surveiller la fonction rénale

par Agnès Faessel

Temps de lecture  3 min

Exemple d'aspect des coussinets lors de pododermatite plasmocytaire féline (Sarkan et al., JFMS, 2026).
Exemple d'aspect des coussinets lors de pododermatite plasmocytaire féline (Sarkan et al., JFMS, 2026).
 

Des lésions glomérulaires peuvent survenir chez les chats atteints de pododermatite plasmocytaire. Et les conséquences sont alors graves, avec une espérance de survie très courte. Une série de cas, publiée en libre accès dans le JFMS, en décrit les spécificités, afin de contribuer à un diagnostic plus précoce.

Un pronostic initialement favorable

La pododermatite plasmocytaire féline se caractérise par une infiltration tissulaire par des plasmocytes, entraînant une augmentation du volume des coussinets, qui deviennent mous et spongieux. Les conséquences cliniques sont variables, allant d'une forme asymptomatique à des cas graves d'ulcération causant une boiterie. Le diagnostic de certitude est cytologique ou histologique.

La cause primaire est potentiellement auto-immune, mais ces affections, relativement rares, restent souvent idiopathiques. Un traitement immunosuppresseur est toutefois généralement prescrit en première intention, et le pronostic est plutôt considéré comme favorable. Sauf en cas de lésions rénales semble-t-il donc.

Le dépôt de complexes immuns au niveau des glomérules rénaux entraîne en effet une glomérulonéphrite, dont le pronostic est bien moins favorable, comme le confirme cette étude de cas.

25 cas de glomérulonéphrite confirmée

Sur une période de 8 ans (2017-2025), 25 cas ont ainsi été recensés et rétrospectivement analysés. Les chats présentaient une pododermatite plasmocytaire, documentée par les observations cliniques (lésions des coussinets), d'éventuelles photos (voir en illustration principale) et/ou les résultats d'examens histologiques (dans 9 cas). Le diagnostic de maladie glomérulaire reposait, lui aussi, sur une histologie sur biopsie rénale (le plus souvent post mortem, 17 cas) et/ou une analyse d'urines par électrophorèse des protéines (électrophorèse sur gel de polyacrylamide en présence de dodécylsulfate de sodium, SDS-PAGE, 20 cas). Le suivi devait être renseigné.

Les données disponibles dans le dossier médical ont montré des anomalies au bilan sanguin (anémie non régénérative, azotémie, hypoalbuminémie, hyperglobulinémie), urinaire (isosthénurie, protéinurie), à l'échographie abdominale (signes de néphropathie, de dégénération rénale, néphromégalie…).

À l'histologie, 14 des 17 cas évalués présentaient bien des lésions de glomérulonéphrite par dépôt de complexes immuns.

Un taux de mortalité élevé

Un traitement immunosuppresseur (prednisolone et doxycycline dans la plupart des cas) a été prescrit chez 7 chats contre la pododermatite. Et l'affection rénale a donné lieu à traitement dans 22 cas : traitement immunosuppresseur (prednisolone ou ciclosporine notamment), correction de l'anémie, de la protéinurie… Dans 20 cas, un traitement immunosuppresseur a finalement été prescrit contre la glomérulonéphrite.

Le suivi montre que 21 chats ont été euthanasiés, au motif de l'atteinte rénale, avec une durée de survie médiane de 1 mois seulement (0 à 60 mois) à partir du moment du diagnostic de l'affection rénale.

Surveiller la fonction rénale

En pratique, il apparaît utile de surveiller la fonction rénale des chats atteints de pododermatite plasmocytaire, afin de détecter précocement une atteinte glomérulaire et, le cas échéant, de tenter de la prendre en charge. Ce suivi s'effectue concrètement par a minima des bilans sanguins et urinaires réguliers.

Une anémie ou une hyperglobulinémie est un éventuel marqueur à évaluer.

Une prédisposition sexuelle ?

Ces chats étaient plutôt jeunes (moins de 5 ans pour 23/25 d'entre eux). Et il s'agissait en majorité de mâles, castrés (17/25, les 8 autres étant des femelles stérilisées).

Une potentielle prédisposition des chats mâles a déjà été rapportée, pour les cas de pododermatite plasmocytaire comme pour ceux de glomérulonéphrite par dépôt de complexes immuns, ce que ces résultats tendent à conforter.