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Elanco & Proplan

17 février 2026

Sensibilité aux virus influenza A du sous-type H3 : des différences entre chiens et chats

par Pascale Pibot

Temps de lecture  6 min

Le chat est plus réceptif aux virus influenza A que le chien, mais la transmission virale n'est effective que dans les environnements à forte densité de population, tels que les refuges (cliché Pixabay).
Le chat est plus réceptif aux virus influenza A que le chien, mais la transmission virale n'est effective que dans les environnements à forte densité de population, tels que les refuges (cliché Pixabay).
 

À la suite de variations génétiques, les virus influenza de type A ont évolué. Ils infectent de nombreux hôtes et les cas de transmission des virus de sous-type H3 aux chiens et aux chats se multiplient.

Qu'il s'agisse des lignées aviaire, canine, féline, humaine, porcine ou équine, les virus de sous-type H3 présentent une pathogénicité généralement faible, mais des réassortiments peuvent la faire évoluer à la hausse, notamment lors du franchissement de la barrière d'espèce. Les virus influenza de type A représentent donc une menace pour la santé humaine et animale.

Circulation active dans les populations canines et félines

La plupart de cas de transmission de virus influenza aux chiens et aux chats n'ont pas entraîné d'épisode clinique à grande échelle, mais ils démontrent la sensibilité des animaux de compagnie à diverses souches virales. Le rôle potentiel de ces espèces en tant qu'hôtes intermédiaires dans la transmission de ces virus fait donc l'objet de recherches.

  • Des études ont, par exemple, montré que les chiens sont sensibles au virus influenza canin H3N2, qui s'est largement propagé dans les populations canines d'Asie et d'Amérique du Nord, même s'il a disparu à plusieurs reprises sur ce dernier continent. Ce virus peut aussi infecter les chats et a déjà provoqué des épizooties en refuges.
  • Le virus H3N8 d'origine équine, responsable d'infections humaines sporadiques, a également circulé au sein de populations canines. Des données récentes indiquent cependant qu'il s'est éteint à l'échelle mondiale fin 2016.

Une étude expérimentale contrôlée

Pour évaluer la sensibilité des chiens et des chats aux principaux virus d'origine aviaire (AIV) ou porcine (SIV) en circulation, une équipe chinoise du Centre de recherche scientifique de Guangdong Yunfu a inoculé des souches virales du sous-type H3 à 20 beagles et 20 chats âgés de 9 à 12 semaines, tous initialement séronégatifs pour ces virus.

Au sein de chaque espèce, les animaux ont été répartis aléatoirement en 5 groupes de 4, hébergés dans des cages séparées et inoculés par voie intranasale avec une dose de 1 ml contenant 106 Egg Infectious Dose (EID)50 de particules virales. Les virus avaient été cultivés dans des œufs embryonnés de poules specific pathogen free (SPF), exempts d'agents pathogènes spécifiques.

  • Pour chaque espèce, 3 groupes expérimentaux ont été respectivement inoculés avec les souches aviaires H3N8 et H3N2, et la souche porcine H3N2.
  • Les groupes témoins positifs étaient constitués d'animaux inoculés avec la souche H3N2 du canine influenza virus (CIV), connue pour être pathogène chez le chien ainsi que chez le chat.
  • Dans les groupes témoins négatifs, chiens et chats ont reçu 1 ml de liquide allantoïdien d'embryon de poulet SPF (placébo).

Les signes cliniques et la température rectale des animaux ont été surveillés quotidiennement pendant 14 jours après l'inoculation. Des prélèvements nasaux ont été effectués quotidiennement aussi, et la mesure des taux d'anticorps dans le sang a été réalisée à J0, J3, J5, J7, J14 et J21, grâce à un test d'inhibition de l'hémagglutination.

Un animal de chaque groupe a été euthanasié au 4e jour après l'infection, afin d'évaluer la réplication virale dans différents tissus.

Pas d'expression clinique chez les 2 espèces…

Les résultats montrent des différences notables entre les réponses des chiens et des chats, et selon les virus.

  • Ainsi, les animaux ayant reçu la souche H3N2 du CIV ont présenté des signes cliniques quelques jours après l'infection, chiens comme chats : éternuements, écoulement nasal et fièvre (température rectale > 39,6°C).
  • Aucun signe clinique en revanche n'a été exprimé chez les chiens et les chats inoculés avec les 3 autres souches virales, bien qu'une séroconversion ait été observée chez tous les animaux infectés, dès 7 jours après l'inoculation. Les titres ont atteint leur seuil maximal 14 à 21 jours après l'infection.

… mais une réplication et excrétion virale chez les seuls chats

Chez les chiens, dans le groupe témoin positif, le CIV H3N2 a été détecté dans les prélèvements nasaux, avec un titre maximal 4 jours après inoculation. Dans ce groupe, la réplication virale a été observée dans les poumons, les cornets nasaux et la trachée. Aucune excrétion ni aucun signe de réplication virale n'ont été notés en revanche chez les chiens inoculés avec les autres souches de virus. De même, seuls les chiens inoculés avec le CIV H3N2 ont présenté des lésions respiratoires : il s'agissait d'une hyperplasie interstitielle pulmonaire, avec présence de de cellules inflammatoires.

Malgré la séroconversion post-inoculation, les chiens n'étaient donc pas cliniquement sensibles aux virus influenza aviaires et porcin testés.

Contrairement aux chiens, les chats se sont révélés sensibles à l'infection par le CIV H3N2 mais également aux autres virus de l'expérimentation. Dans tous les groupes de chats inoculés, des antigènes viraux ont été détectés dans les poumons et la trachée. Les virus se sont répliqués dans les voies respiratoires, et une excrétion virale nasale continue a été observée, pendant environ une semaine après l'inoculation.

L'examen histologique a mis en évidence des lésions chez tous les chats inoculés alors que, comme rapporté, les chats inoculés avec des virus autres que le CIV H3N2 ne présentaient pas de signes cliniques apparents.

  • Dans le groupe témoin positif, les poumons présentaient une hyperplasie interstitielle pulmonaire sévère avec un infiltrat de cellules inflammatoires ; une nécrose des cellules épithéliales muqueuses était observée dans la trachée.
  • Avec le virus aviaire H3N2, une infiltration inflammatoire importante était présente autour de la membrane externe des bronches et une perte de cellules épithéliales était observée dans la lumière bronchique.
  • Une infiltration pulmonaire de lymphocytes et de macrophages mononucléaires était également notée chez les chats infectés par le virus aviaire H3N8 et le virus porcin H3N2.

Un paradoxe apparent

Ces résultats mettent en évidence que les chats sont plus sensibles que les chiens aux virus influenza de sous-type H3. Comme ces virus sont généralement peu pathogènes, les animaux infectés peuvent cependant rester asymptomatiques, ou présenter des signes cliniques bénins, ce qui facilite la transmission silencieuse et l'évolution de ces virus.

La forte réceptivité des chats à ce type de virus contraste toutefois avec les observations selon lesquelles une circulation régulière de virus influenza a été établie dans des populations canines (avec les souches H3N8 d'origine équine et H3N2 d'origine aviaire), mais pas chez les chats. Ce paradoxe apparent pourrait en partie s'expliquer par le mode de vie des chats. En effet, la transmission efficace du virus entre chats dépend d'un contact étroit entre individus, une condition qui n'est généralement remplie que dans les environnements à forte densité de population, tels que les refuges. Historiquement, des épizooties de « grippe féline » (dues à des virus H7N2 et H3N2) n'ont d'ailleurs été observées que dans ces conditions.

En pratique, la forte sensibilité des chats aux virus grippaux souligne la nécessité d'une surveillance épidémiologique attentive, notamment dans les collectivités félines, pour éviter que l'espèce féline ne devienne le prochain « réservoir » des influenza virus.