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Proplan

9 octobre 2026

MRC stable ou évolutive ? Faire la différence grâce à la créatinine inverse

par Pascale Pibot

Temps de lecture  6 min

Le caractère évolutif de la MRC féline peut être apprécié grâce à la mesure logarithmique du taux de créatininémie (cliché Pixabay).
Le caractère évolutif de la MRC féline peut être apprécié grâce à la mesure logarithmique du taux de créatininémie (cliché Pixabay).
 

La maladie rénale chronique (MRC) se caractérise par une perte progressive de la fonction rénale. La diminution du débit de filtration glomérulaire (DFG) est le meilleur indicateur de la masse rénale fonctionnelle, mais le marqueur clinique le plus utilisé chez le chat pour établir un diagnostic de MRC reste la créatininémie. Le suivi de l'évolution du taux de créatinine est également utile pour surveiller la progression de la maladie. Toutefois, les résultats sont parfois délicats à interpréter…

La créatininémie-1 rend les résultats plus lisibles

En effet, la distribution de la créatininémie au sein d'une population ne suit pas une courbe normale. À un stade précoce de MRC, une faible augmentation de la créatininémie peut refléter une réduction substantielle du DFG ; à l'inverse, à un stade avancé de la maladie, de grandes variations de la créatininémie ne traduisent que de minimes changements du DFG. Appliquer un logarithme (créatinine-1) permet de rendre cette distribution symétrique pour les analyses statistiques.

En médecine humaine, le suivi de la concentration logarithmique de la créatininémie aide à évaluer le déclin de la fonction rénale : la créatinine-1 diminue de manière linéaire à mesure que la MRC progresse.

L'intérêt de cette approche n'avait pas été évalué chez le chat. Des chercheurs du Royal Veterinary College de Londres ont donc étudié l'évolution de la créatinine−1 chez des chats présentant une MRC stable, c'est-à-dire ceux dont la concentration plasmatique de créatinine avait augmenté de moins de 25 % dans l'année suivant le diagnostic. Ils publient leurs résultats en libre accès dans The Veterinary Journal.

Une étude sur 321 chats au stade IRIS 2 ou 3

Les dossiers cliniques de deux cliniques vétérinaires généralistes londoniennes, couvrant la période 1992-2019, ont été examinés. Les chats âgés d'au moins 9 ans et atteints de MRC azotémique ont été identifiés rétrospectivement. Le diagnostic de MRC se basait sur une créatinininémie ≥ 177 μmol/l, associée à une densité urinaire < 1,035 ou à une créatininémie ≥ 177 μmol/l mesurée à deux reprises, sans cause prérénale identifiée.

Les chats présentant une maladie chronique concomitante (hyperthyroïdie, diabète sucré…) au moment du diagnostic ont été exclus, ainsi que ceux ayant atteint le stade 4 de la classification IRIS.

Les 321 chats finalement inclus dans l'étude présentaient une MRC de stade IRIS 2 (n=240) ou 3 (n=81). Ils appartenaient à des races félines variées.

Tous ces chats avaient été orientés vers un régime alimentaire restreint en protéines, sous la forme d'un aliment sec, humide ou d'une ration ménagère. La teneur en phosphore de l'alimentation était comprise entre 0,7 et 1,1 g/Mcal et le rapport calcium/phosphore (Ca/P) compris entre 1,3 et 2,1.

Les chats avaient été réexaminés 28 à 42 jours après la confirmation du diagnostic, puis tous les 56 jours pour un examen clinique incluant une mesure de la pression artérielle systémique, et tous les 112 jours pour un suivi de la fonction rénale.

Distinguer MRC stable et MRC évolutive

Une pente de la créatinine-1 a été calculée pour chaque chat au cours de l'année suivant le diagnostic. La pente médiane était de 3,4 × 10-5 l/μmol/mois (extrêmes : -1,8 à 8,8 × 10-5).

Dans cette étude, la limite inférieure de la pente de la créatinine-1 (gradient le plus négatif de la pente) a été définie comme le seuil de progression permettant de distinguer une MRC féline stable d'une MRC évolutive :

  • si la pente de la créatinine-1 était supérieure ou égale à -9,5 ×10-5 l/μmol/mois (-8,4 × 10-3 dl/mg/mois), la MRC féline était considérée comme stable ;
  • si la pente de la créatinine-1 était inférieure à -9,5 ×10-5 l/μmol/mois), la MRC était en revanche considérée comme évolutive.

Ce seuil a permis d'identifier 231 chats « stables » et 90 chats « évolutifs » au sein de la cohorte. Aucune différence significative n'a été notée entre les pentes observées pour les chats ayant atteint les stades IRIS 2 ou 3.

Il apparaît donc possible de distinguer les chats atteints de MRC stable de ceux atteints de MRC évolutive grâce au suivi de l'évolution logarithmique de la créatininémie. Et cette distinction constitue une avancée majeure pour identifier les individus ayant le plus besoin d'une intervention thérapeutique et mieux étudier les mécanismes physiopathologiques de la progression de la MRC féline. La mesure de la pente de la créatinine-1 au fil du temps représente en effet un marqueur plus objectif qu'un dosage ponctuel de la créatininémie montrant une augmentation de plus de 25 % par rapport au dosage précédent.

Une MRC évolutive raccourcit l'espérance de vie

Le pronostic de survie a également été évalué dans cette étude :

  • 20 % des chats (65/321) sont décédés dans les 365 jours suivant le diagnostic de MRC,
  • et la proportion de décès dans les groupes « stable » et « évolutif » était respectivement de 3 % (n=8) et 63 % (n=57).

Ainsi, la durée médiane de survie était significativement plus courte chez les chats atteints de MRC évolutive que chez ceux présentant une MRC stable (287 versus 894 jours). Et le risque de mortalité (toutes causes confondues) était 3,3 fois plus élevé chez les chats atteints de MRC évolutive que chez ceux à MRC stable.

Plusieurs facteurs de risque de MRC évolutive

Enfin, les chercheurs ont identifié les variables cliniques et biochimiques qui pourraient être utilisées comme facteurs prédictifs de la progression de la MRC féline.

Initialement, les chats atteints d'une MRC évolutive présentaient des concentrations plasmatiques significativement plus élevées de créatinine, de phosphate, d'urée, et du facteur de croissance des fibroblastes 23 (FGF-23). Une concentration excessive de FGF-23 est connue pour être associée à des troubles du métabolisme des phosphates et à la progression de la MRC.

Ensuite, par comparaison aux chats présentant une maladie stable, ceux dont la MRC était évolutive se caractérisaient également par l'élévation du rapport protéines/créatinine urinaire (RPCU) et de la fraction excrétée urinaire du calcium, tandis que la concentration plasmatique d'albumine, l'hématocrite et la densité urinaire étaient plus faibles. Le rapport albumine/créatinine urinaire (RPCU) est apparu comme un marqueur prédicteur indépendant de la mortalité.

L'âge avancé, la pente de la courbe de la créatinine-1, la perte de poids et l'augmentation de la phosphatémie au cours des 84 premiers jours suivant le diagnostic de MRC constituent de leur côté des facteurs de risque indépendants de progression de la MRC sur 365 jours.

L'intérêt d'une restriction alimentaire en phosphates pour ralentir la progression de la MRC féline a par ailleurs été confirmé : la consommation d'un aliment à teneur réduite en phosphate, même à raison de 10 à 50 % de la ration alimentaire totale, est associée à une survie prolongée de près de 1 an par rapport à la consommation exclusive d'un aliment standard.

Une étude plus ancienne (2019) indiquait qu'au Royaume-Uni, les deux-tiers des chats suivis en médecine vétérinaire généraliste ne font pas l'objet de mesures régulières de la créatininémie après le diagnostic de MRC. Ces nouveaux travaux mettent en évidence la capacité à identifier les chats susceptibles de présenter une MRC évolutive, dans le but de proposer une prise en charge mieux adaptée. Ils soulignent aussi l'intérêt de surveiller les modifications biochimiques se produisant au cours des 3 premiers mois suivant le diagnostic.